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Une voiture électrisante
Fini le temps où voitures électriques rimaient avec véhicules lents et moches. Un cabriolet de luxe, beau, rapide et écolo est né.
par Bruno Giussani
24 août 2006
C'est un cabriolet au design élégant. Un roadster à deux places. Quand il sera mis en vente, l'an prochain, il coûtera quelque 100 000 francs suisses. Il peut accélérer de 0 à 100 km/h en quatre secondes et quelques dixièmes: le démarrage d'une Ferrari Testarossa. Il s'agit pourtant d'une voiture électrique. Le prototype a été présenté en juillet par une start-up californienne, Tesla Motors. L'entreprise, nommée d'après Nikola Tesla (l'inventeur du moteur à courant alternatif), est le premier constructeur de voitures de la Silicon Valley. Parmi ses investisseurs, on compte les fondateurs des géants de l'internet Google, PayPal et eBay, ainsi que des fonds de capital-risque. Pas surprenant, dès lors, que leur approche soit une nouveauté dans le secteur du transport électrique.
Le Tesla Roadster est une voiture de sport et, vu le prix, un bolide de luxe. Elle est donc destinée à un groupe restreint d'acheteurs potentiels. Mais ce qui pourrait ressembler à un paradoxe – une voiture écologique conçue pour fournir des prestations de compétition – ne l'est pas, assure le CEO de Tesla Motors, Martin Eberhard. «Les voitures électriques sont sans aucun doute les véhicules les plus propres et efficaces», dit-il. Toutefois, jusqu'ici la plupart des modèles qui sont arrivés sur le marché (on parle de véhicules électriques «purs», non pas des hybrides tels que la Toyota Prius) n'ont eu aucun succès. Il y a plusieurs causes à cela, mais Martin Eberhard pense que la raison principale est que ces voitures étaient créées par et pour des gens convaincus qu'on ne devrait pas conduire, que l'automobile ne devrait être utilisée qu'en dernier ressort, quand il n'y a pas de transports publics à disposition, et qu'il suffirait d'être vertueux pour se dégager de notre dépendance au pétrole.
Le résultat? La plupart des voitures électriques étaient jusqu'ici des modèles très peu attrayants. «Je dirais même repoussants: moches, petits, lourds, lents. Même les meilleures avaient une autonomie, une vitesse et une esthétique très limitées, malgré les prix souvent élevés», ajoute Martin Eberhard.
Tesla a choisi d'approcher la problématique par l'autre bout: «Nous voulons protéger l'environnement, mais nous aimons également conduire une belle voiture», explique Martin Eberhard sur le blog de l'entreprise. Ses ingénieurs ont alors surtout travaillé à l'optimisation de l'autonomie, de la vitesse, de l'efficacité et du design – sans trop se soucier des coûts. «Ce ne sera pas la première fois, ni la dernière, qu'une technologie innovante est introduite sur le marché par le haut plutôt que par le bas, cherchant tout d'abord à attirer les clients aisés», explique le CEO.
Une partie significative du coût est absorbée par les batteries: la Tesla en transporte 6831, petites et légères, du genre au lithium-ion (comme celles utilisées dans les ordinateurs portables), connectées les unes aux autres en réseau. Elles produisent une puissance de 248 chevaux, offrant une vitesse de pointe de 210 km/h. L'autonomie est d'environ 400 km avec une seule charge – pas trop différente de celle d'une voiture moyenne à essence, et deux à trois fois supérieure à celle des autres voitures électriques. Le seul point faible évident du Tesla Roadster sont les longs voyages: quand les batteries sont épuisées, il faut trois heures pour les charger.
La voiture sera bientôt produite en Angleterre, chez Lotus, et sera livrée aux premiers clients – américains – au printemps prochain. Mais on ne sait pas encore quand elle sera vendue en Europe. D'après les commentaires que l'on peut lire sur l'internet, des discussions suscitées par les premiers tests du prototype, le Roadster est destiné à devenir rapidement un symbole de statut social. Bonne nouvelle pour les portes-monnaie moins garnis: les revenus générés par le bolide de luxe permettront à Tesla Motors de développer son autre projet: une berline à quatre places à un prix plus abordable.
(copyright 2006 Bruno Giussani)
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