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Roam. Making Sense of the Wireless Internet

Reviews and press coverage

"Allô? Où es-tu? Que fais-tu?"

par Monique Chevalley, Coopération, 9 octobre 2002

Souvenez-vous donc, avant, quand vous deviez fixer un rendez-vous ou organiser une fête, il fallait s'y prendre très à l'avance. Aujourd'hui, dans la grande tribu des "natellisés", la planification est devenue beaucoup plus simple. "On peut fixer les rendez-vous en plusieurs étapes, en les affinants à chaque fois, avec un temps d'anticipation beaucoup plus court", explique Bruno Giussani, auteur d'un ouvrage sur le téléphone portable.

Le téléphone portable permet aussi d'élargir notre cercle de relations. "Le nombre de personnes avec lesquelles on communique régulièrement augmente, affirme Bruno Giussani. On peut interagir de façon plus rapide avec des personnes éloignées géographiquement, notamment par SMS. On a plus de contacts, avec plus de gens, même si ce n'est pas en profondeur". Et dans la famille? Elke Wurster, étudiante en ethnologie européenne à Zurich, a analysé les effets du téléphone portable sur les trois générations d'une famille: grands-parents, parents, et deux enfants adolescents. Elle a observé que grâce au natel chaque membre est plus indépendant, tout en étant en contact plus fréquent et régulier dans la journée. "Pour les ados, le natel facilite l'accès à l'individualisation, tout en permettant aux parents d'être sécurisés", constate Elke Wurster. Nouveau cordon ombilical, le mobile resserre les contacts tout en allégeant les structures familiales.
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Et dans le couple? Selon une enquête réalisée par Orange Uk, il intensifie sensiblement les contacts au quoditien: les couples entre 18 et 34 ans se téléphonent et s'envoient des messages jusqu'à 10 fois par jour! Et ils sont 81 % à s'appeler juste après s'être quittés, depuis la voiture ou le train. Quant à savoir s'il favorise la fidelité, c'est une autre paire de manches... Un autre sondage - anglais lui aussi - indique que 10 % à 20 % des utilisateurs disposent d'un second téléphone à côté de l'officiel, réservé aux relations clandestines. "Les infidélités sont favorisées, car il est plus facile d'atteindre quelqu'un qui a son téléphone dans la poche, qu'au bureau ou à la maison", commente Bruno Giussani. Pour la psycholoque Marie-Anne Stegmann, "on ne change pas les gens. Ceux qui trompaient avant le téléphone mobile continuent de le faire aujourd'hui". On ne change pas les menteurs non plus, qui utilisent allègrement le portable pour faire croire qu'ils sont ici, alors qu'ils se trouvent tout ailleurs.


Le succès fou des SMS

En Suisse, il s'envoie par jour entre 11 et 12 millions de ces petits messages appelés SMS. Un succès fou pour ce service qui consiste à se dire des choses en tapant inconfortablement avec les pouces sur les minitouches de son téléphone en 160 signes maxi. En réalité, cette fonction a été intégrée un peu par hasard dans le réseau de téléphonie cellulaire digital. Ni les cerveaux de la GSM (Global System for Mobile Communications) ni les opérateurs n'avaient prévu cet engouement.

Qui l'utilise? "Les managers qui peuvent ainsi rester en contact pendant une réunion. Les parents pour dire à leurs enfants que c'est l'heure du souper. Les ados qui envoient simultanément des messages à des groupes d'amis. Les amoureux pour flirter ou se disputer...", dit Bruno Giussani. L'atout du SMS: peu coûteux, il permet de communiquer de façon privée dans des circonstances où il est malaisé de téléphoner. Discrets, consultables au moment le plus opportun, les messages brefs sont le véhicule parfait de la communication intime.


Savoir vivre et téléphoner

Le téléphone portable s'est répandu si vite et à si grande échelle que son utilisation dans la sphère publique et privée crée inévitablement des heurts, dus à des maladresses ou des manques de civilité.

Le plus énervant: ceux qui hurlent dans leur combiné. Cela s'explique: "Lorsqu'on vient d'acquérir un portable, on est d'abord timide par rapport à ce nouvel engin et l'on chuchote dedans. Puis, lorsqu'on a pris l'habitude, vient une phase de confiance qui fait qu'on se met à parler très fort. La retenue vient ensuite", explique Bruno Giussani. Il faut donc un certain temps pour intégrer cet outil dans notre vie de tous les jours.

Autre raison d'agacement: ceux qui déballent leur vie intime ou professionnelle au téléphone obligeant leur entourage à entendre des propos qui ne le regardent ni ne l'intéressent. "C'est que le mobile nous projette mentalement dans une sphère privée avec l'interlocuteur à qui l'on parle, poursuit Giussani. Il s'agit donc de ne pas oublier qu'on se trouve physiquement avec d'autres gens qui entendent tout ce que l'on dit." Voici les règles d'utilisation communément admises dans la sphère publique: dans le train, on peut téléphoner, à condition de ne pas hurler et de ne pas déballer sa vie. On éteint ou l'on met son mobile sous "silencieux" au cinéma, au théâtre, au concert, dans les séances et conférences. Apprécié: on fait de même lors d'un moment partagé avec une personne que l'on aime.

(Copyright Coopération 2002)
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